Perspectives d'investissement mondiales 2019


BUREAU GLOBAL DU CHEF DES PLACEMENTS Par Candice Bangsund, vice-présidente et gestionnaire de portefeuille, Répartition globale de l’actif

 

UN OPTIMISME PRUDENT À L’AUBE DE LA NOUVELLE ANNÉE

En dépit de l’accroissement récent des tensions commerciales et des vulnérabilités politiques en Europe, le scénario d’une croissance mondiale synchronisée demeure intact, puisque la politique monétaire accommodante et les mesures budgétaires devraient continuer de favoriser l’expansion économique au cours des douze prochains mois.
 

L’année 2018 s’est avérée plutôt tumultueuse et 2019 s’annonce déjà très intéressante. Malgré les tensions commerciales persistantes et l’environnement politique volatil en Europe, nous croyons que l’économie mondiale poursuivra sur sa lancée en 2019. En effet, l’élan de croissance demeure relativement fort dans son ensemble. De plus, les mesures budgétaires adoptées par les autorités américaines et chinoises devraient soutenir la croissance économique aisément jusqu’en 2019 et ainsi donner les coudées franches aux principales banques centrales pour qu’elles puissent coordonner leur politique de normalisation monétaire. Dans ce contexte, nous demeurons convaincus que la croissance mondiale synchronisée l’emportera sur les incertitudes géopolitiques.

Cela dit, des périodes de volatilité sont à prévoir d’ici la nouvelle année, en raison du flou qui entoure le cycle économique et l’évolution de la politique monétaire, qui passera d’accommodante à neutre. À la lumière de ces éléments, la prudence est de mise à l’heure actuelle.

Malgré tout, nous sommes d’avis que l’issue la plus probable est une progression continue et synchronisée de l’économie mondiale, alimentée par toutes les grandes régions. Déjà en plein essor, l’économie américaine mène la charge grâce à l’élan généralisé des secteurs de la consommation et de la fabrication, ainsi qu’aux effets positifs des mesures de stimulation fiscale. Au Canada, la croissance devrait ralentir à des niveaux plus raisonnables, quoique supérieurs à la moyenne. Ailleurs, on s’attend à ce que les décideurs politiques de l’Europe et du Japon soient finalement en mesure de relancer la croissance. Quant aux marchés émergents, ils tirent parti de l’augmentation de la demande mondiale, des liquidités abondantes et de la hausse des prix des matières premières. En résumé, la croissance mondiale synchronisée et le rebond des matières premières devraient relever les perspectives inflationnistes, mais pas à des niveaux qui pourraient mettre la reprise économique en péril. Cette conjoncture reflationniste augure bien pour les actions et les matières premières (à l’exception de l’or), contrairement aux titres à revenu fixe et au dollar américain.

Nous sommes toutefois conscients que plusieurs éléments pourraient contrecarrer ces perspectives.

Une levée des boucliers protectionnistes

Dans le cadre de ce scénario, une montée du protectionnisme américain et la menace d’une guerre commerciale mettent un frein à la croissance mondiale synchronisée. Le président Trump a déjà concrétisé ses vues protectionnistes, en imposant des tarifs sur plusieurs produits importés, tels que les panneaux solaires, les machines à laver, l’acier et l’aluminium. Ainsi, certains des plus proches alliés des États-Unis ont riposté rapidement en adoptant des mesures de rétorsion.

Malheureusement, M. Trump a doublé la mise en imposant des tarifs sur 250 milliards $ de biens additionnels en provenance de la Chine (qui a répliqué avec des mesures similaires), en plus d’envisager des tarifs sur une autre tranche de 267 milliards $ d’importations chinoises, ainsi que des droits sur les importations automobiles mondiales. Ces mesures auraient pour effet de perturber les échanges commerciaux et l’économie mondiale. Selon ce scénario, l’approche protectionniste des États-Unis se matérialise sous la forme de nouveaux tarifs sur les importations de la Chine, du Canada, de l’Europe, du Japon et du Mexique, entre autres, et les mesures de rétorsion connexes déclenchent une guerre commerciale mondiale.

Stagflation

Après être demeurée sous la cible d’inflation pendant une longue période, les décideurs politiques tolèrent une inflation plus élevée et laissent l’économie atteindre un niveau de surchauffe. Dans ce contexte, les perspectives inflationnistes rebondissent de leurs bas niveaux. Cette nouvelle réalité survient au moment même où le gouvernement réduit ses mesures de stimulation budgétaire (2020), au cours des dernières étapes de l’expansion économique, et la croissance diminue nettement sous les niveaux jugés raisonnables.

Dans le scénario de stagflation, nous observons une stagnation 
de la croissance et une accélération de l’inflation, causées par les mesures budgétaires exceptionnelles et l’essoufflement de la capacité manufacturière. Ainsi, la conjoncture des marchés financiers reste volatile et les actions, tout comme les obligations, perdent de la valeur.

Instabilité politique 

Des bouleversements politiques en Europe et les faiblesses des pays en développement pourraient entraîner une crise de confiance, perturbant ainsi l’économie et les marchés financiers du monde entier. En Italie, les partis Five Star et la Ligue ont formé un gouvernement de coalition qui ne voit pas nécessairement la zone euro d’un bon œil. Ce gouvernement entend adopter une politique expansionniste qui va à l’encontre des règles budgétaires européennes, menaçant ainsi la relation du pays avec l’Union européenne. Dans cette éventualité, on peut s’attendre à une nouvelle crise de la dette souveraine, puisque l’Italie demeure vulnérable à la hausse des taux d’intérêt en raison de sa dette élevée et du faible potentiel de croissance dans la région. Cette situation plongerait la zone euro dans un chaos politique et économique au moment même où l’absence de progrès significatifs dans les négociations du Brexit laisse planer la possibilité d’un divorce douloureux. 

ANALYSE DES CATÉGORIES D’ACTIF

Revenu fixe

Nous anticipons une pentification de la courbe des taux de rendement au cours des douze prochains mois. À notre avis, le segment à court terme augmentera peu, mais l’embellie des perspectives d’inflation devrait exercer des pressions haussières sur le segment à long terme, au vu des solides perspectives de croissance de l’économie mondiale et des conditions sur les marchés de l’emploi. De plus, on prévoit une augmentation de l’offre en bons du Trésor, puisque le gouvernement des États-Unis devra financer son déficit en forte hausse (pendant que la Réserve fédérale réduit la taille de son bilan). Dans ce contexte, les investisseurs demanderont des taux de rendement plus élevés sur les bons du Trésor. Nous croyons donc que la tendance des taux de rendement des obligations gouvernementales du monde entier est à la hausse (et les prix à la baisse) dans cet environnement caractérisé par une croissance économique supérieure à la moyenne, une accentuation des pressions inflationnistes et une normalisation coordonnée des politiques monétaires.

Par conséquent, nous conservons notre sous-pondération des titres à revenu fixe. Au sein de cette catégorie d’actif, nous maintenons un positionnement à durée courte et tâcherons de tirer parti des occasions qui comportent davantage de risque, soit les produits sur écart et les titres indexés à l’inflation, qui devraient tous deux bénéficier de la conjoncture procyclique, du faible risque de récession (défauts) et de l’embellie des perspectives d’inflation.

Actions

Même si la confiance des investisseurs est ébranlée, nous pouvons nous réjouir du fait que les conditions d’une récession ne sont pas réunies à l’heure actuelle. À terme, les marchés boursiers mondiaux bénéficieront de la conjoncture économique vigoureuse, des excellentes perspectives de bénéfices pour les entreprises et des évaluations raisonnables. Par ailleurs, le pragmatisme adopté par les banques centrales dans le cadre de leur processus de normalisation monétaire ne devrait pas freiner l’élan économique au cours des douze prochains mois, contribuant ainsi à apaiser les craintes géopolitiques. En revanche, dans ce contexte d’investissement décidément plus volatil, nous ferons preuve de prudence sur le court terme. Cela étant dit, les occasions naissent de la volatilité et cette conjoncture devrait se maintenir le temps que les investisseurs s’adaptent à la hausse des taux d’intérêt, aux tensions commerciales persistantes à l’échelle mondiale et aux événements politiques en Europe. Les fondamentaux des actifs à risque demeurent robustes et, à notre avis, ils devraient le rester pour les douze prochains mois. Par conséquent, nous surveillerons de près les niveaux du marché et (à moins d’un changement important aux données macroéconomiques) nous tâcherons de reprendre une position surpondérée en actions mondiales afin de tirer parti de leurs évaluations plus attrayantes.


Devises

DOLLAR AMÉRICAIN

Au cours des douze prochains mois, nous croyons que le billet vert perdra de la valeur en raison de la dégradation de la situation budgétaire des États-Unis et des nouvelles attentes des investisseurs concernant les mesures de normalisation monétaire prises par les banques centrales (telles que la Banque centrale européenne et la Banque du Japon, mais à l’exception de la Réserve fédérale américaine).

DOLLAR CANADIEN / DOLLAR AMÉRICAIN

Étant donné que les négociations de l’ALENA ont été conclues, que l’économie canadienne fonctionne à plein régime et que les pressions inflationnistes augmentent, nous anticipons une accélération du rythme de hausse des taux d’intérêt par la Banque du Canada, ce qui contribuera à réduire l’écart de taux entre le Canada et les États-Unis et à stimuler la valeur du huard à terme. De plus, la devise canadienne sera favorisée par la progression des prix du pétrole brut.

EURO / DOLLAR AMÉRICAIN  

L’euro a été affecté par l’aversion au risque sur les marchés et l’épreuve de force entre la Commission européenne et le gouvernement populiste italien concernant le budget 2019. Les investisseurs ont donc revu à la baisse la probabilité d’une normalisation monétaire par la Banque centrale européenne (BCE). Nous croyons toutefois que la BCE cessera comme prévu ses rachats d’actifs d’ici la fin de l’année et qu’elle relèvera ses taux à la mi-2019. Nous sommes aussi d’avis que les investisseurs sous-estiment la position de la BCE. 
En effet, la croissance supérieure à la moyenne du PIB et l’embellie correspondante des perspectives inflationnistes nous laissent croire que la banque centrale pourrait devancer son échéancier. L’écart de taux entre la Réserve fédérale américaine, dont les mesures de politique monétaire sont essentiellement intégrées aux cours, et la BCE, dont les cours tiennent peu compte des mesures de politique monétaire, pourrait se resserrer légèrement, ce qui aurait pour effet de soutenir l’euro au cours des douze prochains mois.

Matières premières

PÉTROLE

Les perspectives du brut demeurent encourageantes, notamment en raison des fondamentaux favorables. En effet, nous anticipons un certain retour à l’équilibre sur les marchés du brut en 2019, car l’OPEP et la Russie font preuve de rigueur dans la gestion de leur production et l’excédent de capacité reste très restreint. De plus, la croissance synchronisée des économies mondiales sera favorable à la demande, ce qui aura pour effet d’établir un niveau plancher élevé pour les prix du brut au cours des douze prochains mois.

OR  

À terme, nous conservons des perspectives neutres à l’égard de l’or au vu des forces contraires sur ce marché. Son 
prix demeure vulnérable à l’embellie des perspectives de croissance et d’inflation aux États-Unis, surtout si la Réserve fédérale accélère le rythme de sa normalisation de politique monétaire, mais les incertitudes géopolitiques devraient contribuer à assurer sa stabilité.

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