Tour des banques centrales

Septembre a été un mois particulièrement intéressant avec le conflit commercial entre les États-Unis et la Chine qui s’est poursuivi, la Cour suprême du Royaume-Uni qui a annulé la prorogation du parlement britannique demandée par Boris Johnson et la folie qui a frappé le marché des « Repos » pour la première fois depuis 2007. Mais, il y a eu aussi des actions majeures prises par les banques centrales qui, malgré avoir susciter un peu moins d’attention que les facteurs susmentionnés, ont eu et vont continuer d’avoir une implication majeure dans les marchés. Ci-dessous, nous discutons de l’activité de trois des plus importantes banques centrales dans le monde. 

La Réserve Fédérale prend de l’assurance

Comme attendu, la Réserve Fédérale (Fed) a pris un peu plus « d’assurance » en abaissant son taux directeur pour la deuxième fois cette année à sa réunion du mois de septembre. Pour justifier la baisse, la Fed a reconnu, entres autres, que les inquiétudes persistantes entourant le conflit commercial entre la Chine et les États-Unis était un facteur négatif pour l’économie mondiale et qu’il y avait une menace que cela se propage à l’économie américaine. Dans la déclaration accompagnant la décision, la Fed a dressé un portrait mitigé avec, d’un côté, l’économie américaine en bonne santé et les conditions d’emploi qui sont favorables et de l’autre, l’inflation modérée et la guerre commerciale qui continue de peser sur les investissements et les exportations des sociétés. Après tout, les membres ont maintenu leur engagement « d’agir de manière appropriée » pour soutenir l’expansion, mais ils sont restés assez évasifs sur l’évolution des taux à venir. Essentiellement, la Fed a choisi de conserver une approche flexible afin de surveiller les données économiques futures et les développements avant d’aller plus loin dans ses baisses de taux; en d’autres mots, elle a choisi une approche « data-dependant ». Fait intéressant, les membres de la Fed, en moyenne, n’entrevoit pas d’autres baisses de taux jusqu’à la fin de 2020, tandis que le marché continue de tenir compte d’une probabilité de 96% d’avoir au moins une autre baisse de taux durant la même période de temps (2,5 baisses de taux d’ici la fin de 2020 pour être exact). Ceci laisse les investisseurs vulnérables à une potentielle déception advenant que la Fed ne succombe pas au biais plus « dovish » du marché.

 

La Banque Centrale Européenne, toujours plus de mesures de relance

La Banque Centrale Européenne (BCE) a également implémenté des stimuli supplémentaires en réponse à l’économie européenne qui stagne de façon persistante et qui s’est vu être l’une des plus grandes victimes de la guerre commerciale. Comme attendu, la BCE y est allée d’une baisse de taux de 10 points de base, portant son taux directeur encore plus loin en territoire négatif. Peut-être plus important encore, la BCE a également relancé son programme d’achat d’actifs, promettant 20 milliards d’euros d’achats d’actifs nets par mois. La BCE est même allée plus loin en promettant de garder le programme en place aussi longtemps que l’inflation aura besoin pour converger vers sa cible de 2% ou, en leurs mots, « aussi longtemps que nécessaire ». 

À la même occasion, avec la politique monétaire atteignant clairement ses limites, le président Draghi a souligné que la politique monétaire ne pouvait pas être le seul angle possible et a empressé les gouvernements à intensifier leurs efforts en apportant un support fiscal. Sur cette note, l’économie allemande semble se diriger vers une récession technique avec les données économiques pointant vers un autre trimestre de croissance négative au troisième trimestre, ce qui a ultimement renforcé le besoin pour des mesures fiscales qui contribueraient à l’économie européenne de manière plus large. 

 

La Banque du Canada, envers et contre tous

En revanche, la Banque du Canada (BdC) a jusqu’à présent résisté à la tendance mondiale et à la tentation de suivre ses homologues du monde entier et d’aller de l’avant avec une politique monétaire plus souple. La BdC a laissé ses taux d’intérêt inchangés en septembre et a soutenu que sa politique actuelle restait « appropriée », même si elle surveillera de près l’évolution de la guerre commerciale et ne s’est engagés pas à bouger dans une direction ni dans l’autre. Essentiellement, comme son grand frère du sud, la BdC est en mode attente. Fait intéressant, dans un discours prononcé le lendemain de l’annonce, le sous-gouverneur Lawrence Schembri a dit : « La Banque du Canada continuera à mener sa politique monétaire en fonction de son contexte propre. Nos décisions resteront fondées sur notre cadre de politique monétaire, c’est-à-dire que nous fixerons les taux d’intérêt de façon à atteindre notre cible d’inflation, en tenant compte des implications pour les vulnérabilités financières. ». À notre avis, la BdC signale que les indicateurs de l'économie vont avoir un poids plus important dans les décisions monétaires que l'influence politique. Pour l’instant, avec un taux de chômage juste au-dessus des plus bas historiques, la croissance du PIB qui avait repris de la vigueur au début de 2019 et la jauge privilégiée de la banque pour son inflation sous-jacente stationnaire depuis avril, la BdC garde le cap. À moins d’une grave détérioration du contexte commercial mondial, nous continuons de croire que la Banque du Canada peut rester sur les lignes de côté même si la Fed et autres banques centrales ailleurs dans le monde implémentent encore plus de mesures de relance.

 

Candice Bangsund, CFA

Vice-présidente et gestionnaire de portefeuille, Répartition globale de l'actif