Le support de la Banque du Japon

L’une des traductions du mot japonais kamikaze est : « celui, celle qui s’expose à de grands risques ».

Lundi dernier, la Banque du Japon (BoJ) a annoncé qu’elle couperait son programme d’achat d’obligations, une initiative qui a été sa marque de commerce depuis que le gouverneur Haruhiko Kuroda a pris les reines de la BoJ en 2013. Nous estimons qu’elle réduira ses achats d’obligations de 46 milliards de dollars (son objectif annuel étant de 736 milliards de dollars) sur quatre échéances majeures. Elle a également déclaré qu’elle pourrait arrêter totalement l’achat des obligations ayant une échéance supérieure à 25 ans. En concentrant ses achats sur les obligations à plus court terme, il est clair que la BoJ cherche à accentuer la courbe des rendements qui s’est considérablement aplati au cours de la dernière année. Cet aplatissement a aussi été amplifié par des investisseurs spéculatifs qui cherchaient à faire de l’argent rapide et qui savaient très bien que la BoJ allait être là pour prendre du risque et supporter le marché obligataire. 

 

 

Même si l’annonce de la BoJ a l’air marginal sur papier, le signal que cela envoie a eu des effets majeurs sur le marché. À tel point que nous pensons que le geste de la BoJ a eu probablement l’effet d’un kamikaze financier. Un jour après l’annonce, la BoJ a mis aux enchères des obligations 10 ans et l’enchère s’est avérée à être la pire en 3 ans. Sachant qu’ils n’auraient peut-être pas le support habituel de la BoJ, les investisseurs se sont peu manifestés et le prix des obligations a chuté rapidement. Cela a même eu un effet de contagion majeur en Europe et en Amérique, entraînant à la hausse les taux à travers le monde. Il semblerait que, avec la BoJ qui réduit son risque et son exposition aux obligations à long terme, les acheteurs d’obligations japonaises sont maintenant un peu plus frileux. Après tout, si les obligations à long terme ne sont plus un investissement attrayant pour une banque centrale, pourquoi intéresseraient-elles les investisseurs institutionnels? 

Jean-Guy Mérette

Vice-président et gestionnaire de portefeuille
Gestion active et stratégique revenu fixe