Mauvaise dette mauvaises décisions

Emprunt - La racine du mot en dit long, on la retrouve avec l’anglais « mortgage » donc « mort » (du latin mortuus) + gage (traduction de « pledge »)

Le grand désendettement qui était supposé balayer les sociétés américaines ne s'est jamais réalisé. Normalement on aurait attendu des sociétés qu’elles réduisent leur effet de levier à la fin des cycles de croissance, afin d’être mieux préparées pour l’inévitable récession. À la place nous voyons une augmentation continuelle de la dette corporative, malgré quelques signes pointant vers une récession. Les ratios de dette ont augmenté constamment; certains par choix, ayant emprunté pour financer des acquisitions ou racheter des titres; et d’autres à cause des conséquences d’une croissance ralentie des revenus diminuant le dénominateur des ratios mentionnés. En un mot, la valeur totale des obligations américaines de sociétés de la catégorie « investissement » atteint maintenant environ 5.8 milliards de dollars, c’est un record et plus du triple qu’en octobre 2008.

 

Ce n’est pas pour dire que toute la dette est mauvaise. Comme un emprunteur solvable empruntant une hypothèque raisonnable pour financer l’achat d’une maison abordable, la dette corporative peut être bénéfique sur le long terme si elle est faite pour les bonnes raisons et avec les bonnes conditions. Mais avec autant d’argent bon marché disponible, nous avons vu de plus en plus de sociétés emprunter de l’argent pour alimenter de mauvaises décisions et s’attirer des ennuis – cette semaine, par exemple, General Electric a gelé son plan de pension pour conserver son argent disponible et servir sa dette nette de 54 milliards de dollars.

Comme tant de débiteur hypothécaire se sont rendus compte en 2007, l’emprunt irresponsable peut venir avec de grosses conséquences. Comme les chances de récessions semblent augmenter jour après jour, nous encouragerions les investisseurs d’obligations corporatives à se questionner sur la qualité de la dette qu’ils détiennent et à investiguer les décisions des sociétés faites avec l’argent. Après tout, les compagnies qui meurent ne payent pas leurs créditeurs.

 

Jean-Guy Mérette

Vice-président et gestionnaire de portefeuille
Gestion active et stratégique revenu fixe