Entrevue avec Jean-Guy Desjardins : Ce que 2025 laisse réellement présager pour les investisseurs en 2026

Ce que 2025 laisse réellement présager pour les investisseurs en 2026

Publié dans le Benefits and Pensions Monitor

26 janvier 2026

Selon Jean-Guy Desjardins de Fiera, les indicateurs modérés pour l’année ont éclipsé une transformation géopolitique plus profonde et un changement de cap de l’économie canadienne.

La dernière année a été marquée par un décalage frappant. Sur le plan économique, 2025 n’a pas subi de choc systémique comparable aux reculs enregistrés dans les années 1970, en 2008 ou lors des premiers mois de la pandémie. Pourtant, sur le plan géopolitique, le monde nous a rarement paru plus perturbé qu’aujourd’hui. Ce contraste a façonné l’humeur des investisseurs tout au long de l’année et continue d’influer sur la façon dont les chefs de file du marché établissent leurs perspectives pour 2026.

Jean-Guy Desjardins, fondateur et président exécutif du conseil d’administration de Fiera Capital, a consacré plus de cinq décennies à l’étude des éléments à la croisée de la macroéconomie, des politiques et des marchés. Son bilan est sans équivoque. La conjoncture économique de 2025 a été éprouvante, mais les atteintes à l’économie n’ont pas été graves. Toutefois, le contexte géopolitique a été plus imprévisible et a eu plus de conséquences qu’à tout autre moment au cours de sa carrière. Ses observations, en tant que personne qui a vécu plusieurs cycles, aident à comprendre pourquoi les données globales de 2025 semblent plus calmes que les courants sous-jacents qui les ont définies.

« Pendant des décennies, l’économie canadienne a fortement compté sur la consommation soutenue par le gouvernement par l’intermédiaire de programmes sociaux, transferts et mesures de soutien à la consommation. Cette approche a contribué à adoucir le niveau de vie et à soutenir les objectifs sociaux. Mais elle n’a pas vraiment contribué à l’établissement d’une assise financière résiliente. » Jean-Guy Desjardins

Une année de pressions économiques modestes et de tensions géopolitiques inhabituelles

Comparativement aux périodes de replis précédentes, le contexte économique de 2025 a été plutôt calme. M. Desjardins souligne que la crise de l’inflation des années 1970, l’effondrement financier de 2008 et les fermetures abruptes de 2020 ont eu des répercussions économiques nettement supérieures à ce que l’on observe dans le contexte actuel. Comme il le souligne, les mouvements de ce cycle-ci n’ont pas l’ampleur des précédents. L’activité a ralenti et l’inflation s’est atténuée, certes, mais les ménages et les entreprises n’ont pas eu à faire face au niveau de perturbation observé lors des récessions passées.

À première vue, les investisseurs semblent pouvoir pousser un soupir de soulagement. Mais M. Desjardins prévient qu’une telle interprétation ne tient pas compte du portrait global. Il soutient que le contexte actuel ne témoigne pas d’un effondrement économique, mais plutôt d’un réalignement géopolitique. Comme M. Desjardins l’a expliqué, « nous faisons face à la montée en puissance de trois ou quatre grandes puissances militaires, alors qu’elles n’étaient que deux auparavant. » Selon lui, cela fragilise grandement le système.

« Nous faisons face à la montée en puissance de trois ou quatre grandes puissances militaires, alors qu’elles n’étaient que deux auparavant. Cela fragilise grandement le système. » Jean-Guy Desjardins, Fiera Capital

Alors que les replis passés avaient tendance à découler de déséquilibres économiques internes qui étaient corrigés par la politique monétaire, la situation actuelle semble différente. Les risques aujourd’hui proviennent de l’extérieur du système financier : changements de pouvoir, alignement des blocs militaires, perturbations des échanges commerciaux et incertitude à l’égard du leadership mondial. Pour les marchés et les investisseurs, ce type d’incertitude est plus difficile à modéliser et très ardu à prendre en compte.

Par conséquent, 2025 a oscillé entre stabilité et volatilité. Les liquidités sont demeurées suffisantes pour soutenir les évaluations élevées des actifs. Les marchés du crédit se sont comportés de façon raisonnable. Toutefois, la confiance a rarement été stable. Le monde a plutôt pris des airs de salle d’attente où tous devaient patienter pour avoir des éclaircissements sur le commerce, les alliances et l’orientation géopolitique.

Changements de cap au Canada : de la consommation à l’investissement et de la dépendance à la diversification

Pour le Canada, les enjeux propres à ce monde incertain sont devenus plus apparents et plus pressants. Les conditions économiques nationales en 2025 semblaient relativement bonnes. L’inflation a ralenti plus rapidement que dans de nombreuses économies comparables, et les taux d’intérêt sont demeurés plus restrictifs que dans la plupart des pays développés. Théoriquement, le Canada semblait « avoir une longueur d’avance », selon M. Desjardins, tant sur le plan du contrôle de l’inflation que de la politique monétaire.

Pourtant, celui-ci soutient que des faiblesses structurelles sous-jacentes persistent. Pendant des décennies, l’économie canadienne a fortement compté sur la consommation soutenue par le gouvernement par l’intermédiaire de programmes sociaux, transferts et mesures de soutien à la consommation. Cette approche a contribué à adoucir le niveau de vie et à soutenir les objectifs sociaux. Mais elle n’a pas vraiment contribué à l’établissement d’une assise financière résiliente. « Chacune de ces décisions est une forme de consommation », souligne M. Desjardins. « L’argent qui est dépensé n’est pas utilisé pour constituer une assise financière. »

Le Canada doit maintenant changer de cap. Au cours des deux ou trois prochaines années, le pays devrait passer d’une politique budgétaire axée sur la consommation à une stratégie économique axée sur les investissements, dans l’espoir de bâtir des bases plus solides pour la croissance future. M. Desjardins estime qu’un tel changement nécessitera une période de croissance lente ou même de stagnation : « L’économie connaîtra un changement radical », a-t-il dit, « et nous pourrions stagner… entre 0,5 et -0,5. »

Ce changement de direction ne sera pas sans douleur ni immédiat. Et 2025 a déjà été marquée par des failles dans ce qui était auparavant un modèle stable. La dépendance de longue date du Canada à l’égard d’un seul partenaire d’exportation, les États-Unis, a révélé une vulnérabilité importante. Environ les trois quarts des exportations canadiennes vont aux États-Unis. Pour illustrer ce fait, M. Desjardins utilise cette analogie : une entreprise qui gagne 75 % de ses revenus d’un seul client est stable jusqu’à ce que ce client change les modalités. Cette réalité, conjuguée à l’évolution de la politique commerciale des États-Unis, a forcé un nouveau positionnement en 2025.

Résultat : un degré inattendu de coopération à l’échelle nationale. Les provinces qui s’opposaient depuis longtemps aux réformes du commerce interprovincial ont commencé à revoir leur position. Les barrières internes au commerce, comme les obstacles réglementaires, les frictions logistiques et le réflexe de protectionnisme des provinces, ont commencé à s’effondrer sous pression. Le gouvernement fédéral a agi rapidement pour assouplir les restrictions au commerce intérieur, qui était au point mort depuis des années. À lui seul, ce changement pourrait accroître considérablement le PIB national au fil du temps, selon M. Desjardins.

De plus, le Canada semble rajuster sa façon de faire affaire sur les marchés mondiaux. Au lieu de fortement orienter les échanges commerciaux sur les exportations et les États-Unis, le pays commence à se repositionner vers la diversification. Cela inclut de nouveaux partenaires commerciaux, des stratégies d’exportation plus larges et des chaînes d’approvisionnement plus résilientes. Au fil du temps, la vulnérabilité aux changements de politiques à l’étranger pourrait être réduite et la stabilité économique à long terme s’en trouver renforcée.

S’il est bien géré, ce réalignement structurel pourrait remodeler l’économie canadienne. Pour les investisseurs nationaux et internationaux, les avantages pourraient provenir non pas d’une croissance immédiate, mais d’un risque systémique plus faible, d’une plus grande diversification et d’une assise économique plus robuste.

Au cœur de la transition en misant sur la diversification

Fiera Capital entame 2026 dans une posture unique pour ce type de transition. La société est en mesure d’offrir des solutions distinctes et multi-actifs entièrement personnalisées tant dans les marchés publics que privés.

Cette vaste plateforme est importante en ces temps où l’incertitude est importante et lesrésultats difficiles à prévoir. Sur les marchés publics, les évaluations sont élevées et le risque d’une correction pourrait gagner en force si les liquidités se resserrent. M. Desjardins nous a mis en garde contre « une bulle boursière ».

Les marchés privés ont offert un tableau différent. Même si les manchettes ont fait état d’un ralentissement des flux de capitaux vers le placement privé et le crédit privé, M. Desjardins souligne que le ralentissement notable s’explique par la hausse extraordinaire des cinq années précédentes. Une part importante des capitaux institutionnels demeure investie dans les stratégies privées, et il est d’avis que de la valeur réelle est à saisir dans des secteurs comme l’agriculture, les terres forestières, l’immobilier et les infrastructures. Selon lui, ces segments présentent des caractéristiques risque-rendement plus intéressantes que celles de l’ensemble des marchés boursiers publics à ce stade-ci du cycle.

Les titres à revenu fixe sont également revenus à l’avant-plan en 2025. Comme l’inflation ralentit et que les taux obligataires demeurent élevés, les obligations sont redevenues pertinentes pour la première fois depuis plusieurs années. Pour les investisseurs à long terme, les marchés des titres à revenu fixe et les marchés privés peuvent offrir des assises plus durables pour la construction de portefeuille à court terme.

« Une part importante des capitaux institutionnels demeure investie dans les stratégies privées, et de la valeur réelle est à saisir dans des secteurs comme l’agriculture, les terres forestières, l’immobilier et les infrastructures. Selon lui, ces segments présentent des caractéristiques risque-rendement plus intéressantes que celles de l’ensemble des marchés boursiers publics à ce stade-ci du cycle. » Jean-Guy Desjardins

Dans ce contexte, les investisseurs pourraient profiter d’une approche équilibrée et multi-actifs, combinant des actions, des titres à revenu fixe et des investissements dans les marchés privés, plutôt que de miser sur une seule catégorie. Alors que le pays passe de la consommation à l’investissement et harmonise ses politiques commerciale et économique, les outils diversifiés de Fiera permettent de participer à ce changement structurel à long terme.

« L’économie connaîtra un changement radical et nous pourrions stagner… entre 0,5 et -0,5. » Jean-Guy Desjardins, Fiera Capital

2026 : Une année de transition structurelle et d’occasions à saisir

À l’aube de 2026, le thème clé au Canada et sur les marchés mondiaux sera l’adaptation. Il est peu probable que la conjoncture économique revienne au statu quo. Les changements structurels en cours dans le modèle budgétaire du Canada, dans ses relations commerciales et dans l’alignement de sa chaîne d’approvisionnement mondiale façonneront la croissance, les investissements et le risque.

M. Desjardins maintient des perspectives équilibrées pour 2026. Il est optimiste à l’égard de l’harmonisation interne du Canada et des avantages à long terme de la transition vers une politique économique axée sur l’investissement. Il estime que cette stratégie peut fonder des bases plus solides pour la création de richesse future. Parallèlement, il demeure prudent en ce qui concerne les risques externes. Le Canada ne contrôle pas l’orientation des politiques américaines et n’a aucune influence sur les conflits mondiaux ou sur l’intensification des tensions militaires. Ces incertitudes continueront d’influencer les marchés d’une manière difficile à prévoir.

En ce sens, 2026 pourrait ne pas être une année de rendements mirobolants. Elle pourrait toutefois marquer le début d’une période caractérisée par plus de résilience et de diversification qui serait, ultimement, plus durable pour l’économie canadienne et les marchés mondiaux. Les événements des prochaines années pourraient avoir des répercussions pendant des décennies.

Cet entretien s’est déroulé en novembre 2025.

À propos de Fiera Capital

Corporation Fiera Capital (« Fiera Capital » ou la « société ») est une société de gestion d’actifs indépendante de premier plan, avec une présence croissante à l’échelle mondiale, dont l’actif sous gestion se chiffrait à environ 166,9 milliards de dollars au 30 septembre 2025. La société offre des solutions multi-actifs et personnalisées dans l’ensemble des catégories d’actifs des marchés publics et privés à une clientèle institutionnelle, d’intermédiaires financiers et de gestion privée au Canada, aux États-Unis, en Europe, et sur les principaux marchés d’Asie.

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